# Quels sont les plus beaux villages colorés d’Italie ?
L’Italie, cette péninsule méditerranéenne aux multiples visages, fascine autant par ses monuments historiques que par ses villages perchés aux façades éclatantes. Des maisons peintes de couleurs vives se dressent face à la mer Tyrrhénienne, tandis que d’autres s’accrochent aux falaises de la Riviera ligure, créant des panoramas d’une beauté exceptionnelle. Ces villages colorés ne sont pas qu’un simple plaisir visuel : ils racontent l’histoire des communautés de pêcheurs qui, depuis des siècles, utilisent la couleur comme repère maritime et identité culturelle. Chaque teinte appliquée sur ces façades méditerranéennes répond à une tradition ancestrale, parfois même à des réglementations municipales strictes qui préservent l’harmonie chromatique de ces bourgs extraordinaires. Explorer ces joyaux polychromes, c’est plonger dans une Italie authentique, loin des circuits touristiques traditionnels, où l’architecture spontanée dialogue avec des paysages naturels à couper le souffle.
Cinque terre : l’archipel chromatique de la riviera ligure
Le parc national des Cinque Terre représente l’un des ensembles de villages colorés les plus spectaculaires d’Europe. Cette portion escarpée de la côte ligure, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997, abrite cinq bourgs suspendus entre ciel et mer, où les maisons-tours traditionnelles présentent une palette chromatique exceptionnelle. L’isolement géographique de ces localités, accessibles uniquement par sentiers de randonnée ou par voie ferroviaire jusqu’au XXe siècle, a favorisé le développement d’une architecture vernaculaire unique. Les façades aux tons ocre, rose, jaune et rouge s’empilent verticalement sur les pentes abruptes, créant un effet visuel saisissant lorsqu’on les observe depuis la mer ou les sentiers côtiers.
La configuration géologique particulière de cette région, avec ses terrasses cultivées en vignobles et ses falaises plongeant dans la Méditerranée, a contraint les habitants à construire en hauteur plutôt qu’en largeur. Cette contrainte spatiale explique l’architecture caractéristique des Cinque Terre, où chaque centimètre carré a été optimisé pour l’habitat humain. Les couleurs vives appliquées sur ces structures ne répondaient pas qu’à un souci esthétique : elles permettaient aux pêcheurs de reconnaître leur demeure depuis le large, même par temps brumeux. Aujourd’hui, plus de 2,5 millions de visiteurs affluent chaque année vers ces villages, attirés par cette symbiose exceptionnelle entre patrimoine architectural et environnement naturel préservé.
Manarola et ses façades ocre surplombant la méditerranée
Manarola incarne la quintessence des villages colorés des Cinque Terre. Ses maisons-tours, bâties selon un alignement vertical impressionnant, présentent une dominante de tons chauds : ocre, terre de Sienne, rouge brique et jaune safran. L’architecture locale, datant principalement des XIIe et XIIIe siècles, témoigne du génie constructif des Ligures qui ont su domestiquer un territoire hostile. Le village s’articule autour de la Via Discovolo, rue principale qui serpente entre les habitations colorées, offrant des perspectives photographiques remarquables à chaque tournant.
La configuration géographique de Manarola crée des conditions lumineuses exceptionnelles pour l’observation des façades colorées. En fin d’après-midi, lorsque le soleil décline vers l’horizon, les rayons rasants illuminent les murs orientés sud-ouest, révélant toute la richesse de la palette chromatique
des façades. Les meilleurs points de vue se situent le long du sentier qui mène vers Corniglia et sur le promontoire rocheux près du petit port, d’où l’on embrasse l’ensemble du village tel un amphithéâtre coloré posé au-dessus de la mer. Pour saisir Manarola dans ses nuances les plus douces, privilégiez l’hiver ou l’intersaison : la lumière est plus diffuse, les ruelles moins fréquentées, et vous profitez pleinement de l’atmosphère authentique de ce village de Ligurie.
Vernazza : le village rose et jaune inscrit au patrimoine UNESCO
Souvent considéré comme le plus harmonieux des Cinque Terre, Vernazza se distingue par sa place centrale ouverte sur un minuscule port naturel. Autour de cette anse protégée, une couronne de maisons aux teintes rose, jaune pâle et orangé s’élève en gradins, créant un décor presque théâtral. Cette composition urbaine compacte, dominée par la tour cylindrique du Castello Doria, illustre parfaitement l’adaptation médiévale aux contraintes topographiques de la côte ligure.
La colorimétrie de Vernazza est plus douce que dans d’autres villages italiens colorés : ici, les tons pastel dominent, souvent soulignés de volets vert foncé qui renforcent le contraste. La lumière matinale met particulièrement en valeur ces façades tournées vers l’est, lorsque le soleil se lève au-dessus de la mer. Pour un point de vue panoramique sur l’ensemble du village, le sentier côtier en direction de Monterosso offre l’une des vues les plus photographiées d’Italie, où l’on perçoit nettement la gradation subtile des couleurs sur les différentes strates d’habitation.
Inscrit, avec les autres villages des Cinque Terre, au patrimoine mondial de l’UNESCO, Vernazza bénéficie d’une politique de préservation stricte de son tissu urbain et de sa palette chromatique. Les restaurations doivent respecter les teintes traditionnelles et l’usage de matériaux compatibles avec l’architecture d’origine. Pour les voyageurs en quête d’authenticité, il est conseillé de visiter Vernazza en début de journée ou hors saison estivale, lorsque les nuances de rose et de jaune se reflètent encore paisiblement dans l’eau calme du port.
Riomaggiore et son architecture polychrome en cascade
Porte d’entrée orientale des Cinque Terre, Riomaggiore impressionne par l’effet de « cascade » de ses maisons-tours polychromes qui suivent la pente abrupte d’un vallon. Les façades présentent une palette plus contrastée que dans les autres villages, mêlant rouge profond, vert olive, jaune citron et bleu pâle, parfois agrémentées de trompe-l’œil peints autour des fenêtres. Cette polychromie accentue la verticalité extrême du bourg, renforcée par les escaliers étroits qui relient les différents niveaux d’habitation.
Le village s’organise autour du Rio Maggiore, ruisseau aujourd’hui partiellement couvert, qui a historiquement structuré la croissance urbaine. Les maisons se sont alignées de part et d’autre de ce cours d’eau, s’élevant sur quatre à cinq niveaux afin d’optimiser l’espace disponible. Vu depuis le petit port, cet enchevêtrement de structures colorées donne l’impression d’une mosaïque architecturale, où chaque nuance semble avoir été choisie pour se distinguer de la maison voisine tout en restant en harmonie avec l’ensemble.
Riomaggiore est également célèbre pour être le point de départ de la Via dell’Amore, ancien sentier panoramique qui reliait le village à Manarola. Même si certaines sections sont régulièrement fermées pour travaux, les portions accessibles offrent encore aujourd’hui des perspectives remarquables sur la façade colorée du village et sur les vignobles en terrasses. Pour les amateurs de photographie architecturale, la lumière la plus flatteuse se situe en fin de journée, lorsque les tons saturés des façades se détachent sur le bleu profond de la mer Ligure.
Monterosso al mare : les tonalités pastel du bourg balnéaire
Plus étendu et plus ouvert sur la mer que ses voisins, Monterosso al Mare propose une approche différente des villages colorés d’Italie. Ici, la palette chromatique s’exprime surtout dans le noyau historique, du côté de la vieille ville, où les maisons serrées autour d’étroites ruelles affichent des tons pastel : rose poudré, jaune crème, vert d’eau. Ces façades aux couleurs atténuées contrastent avec les nuances plus vives des parasols et cabines de plage alignés le long du front de mer.
Monterosso se distingue aussi par la présence de nombreux décors peints en finto marmo ou en imitation de corniches, typiques de la tradition ligure. Ces éléments de trompe-l’œil renforcent la dimension décorative des bâtiments sans alourdir la structure, un peu comme un bijou vient souligner la simplicité d’une tenue. Le bourg est divisé en deux parties par un tunnel piéton : la zone moderne, plus balnéaire, et le centre ancien, où se concentre l’essentiel du patrimoine coloré.
Pour apprécier les nuances de Monterosso dans toute leur diversité, il est intéressant d’alterner les points de vue : flâner dans les ruelles de la vieille ville pour observer les détails des enduits et des encadrements peints, puis prendre de la hauteur en grimpant vers le couvent des Capucins. De là, vous bénéficierez d’un panorama sur l’ensemble du village, où les couleurs pastel des maisons semblent se fondre dans le bleu de la mer et le vert des collines plantées de vignes et de citronniers.
Burano : le joyau polychrome de la lagune vénitienne
À une quarantaine de minutes de vaporetto de Venise, l’île de Burano est devenue l’un des symboles les plus forts des villages colorés d’Italie. Ce petit bourg lagunaire, autrefois essentiellement tourné vers la pêche et la dentelle, est aujourd’hui célèbre dans le monde entier pour l’extraordinaire palette chromatique de ses maisons. Chaque façade arbore une couleur distincte, parfois très vive, qui se reflète dans les eaux calmes des canaux, créant un effet miroir presque irréel.
Si vous cherchez un exemple parfait d’harmonie polychrome à l’échelle urbaine, Burano s’impose comme une référence. Ici, la couleur n’est pas un simple ornement : elle structure la perception de l’espace, facilite l’orientation et renforce l’identité de chaque maison au sein du tissu urbain. Cette cohérence visuelle n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une tradition séculaire aujourd’hui encadrée par des règles municipales précises.
La palette architecturale traditionnelle des maisons de pêcheurs
Les maisons traditionnelles de Burano présentent une architecture simple, à un ou deux étages, avec un plan rectangulaire et une façade étroite sur rue. Ce minimalisme structurel laisse toute la place à l’expression chromatique : enduits lisses aux teintes franches, encadrements de fenêtres blancs, volets souvent verts ou bleus. L’absence de décor sculpté est compensée par la richesse des couleurs, un peu comme une toile épurée magnifie la puissance d’un seul pigment.
Historiquement, les pêcheurs buranais auraient peint leurs maisons dans des teintes très contrastées afin de les distinguer facilement depuis la lagune, en particulier les jours de brouillard. Chaque famille choisissait une couleur différente, qui devenait une sorte de « signature » visuelle, transmise de génération en génération. Aujourd’hui encore, cette tradition se perpétue, même si elle est désormais régulée pour préserver l’harmonie d’ensemble du village.
En vous promenant le long des canaux, vous remarquerez la grande variété de nuances : bleu cobalt, vert émeraude, jaune citron, rouge écarlate, rose fuchsia… Pourtant, malgré cette diversité, l’ensemble reste étonnamment cohérent. Cette impression tient à la répétition de certains éléments architecturaux (hauteur similaire, rythme des ouvertures) et à l’usage récurrent de détails blancs qui servent de « fil conducteur » visuel entre les différentes façades.
Le système chromatique réglementé par la municipalité
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la polychromie de Burano n’est pas laissée au bon vouloir des habitants. La municipalité a mis en place un système réglementé : toute demande de repeindre une façade doit être soumise à l’administration, qui indique les teintes autorisées en fonction de la zone et de l’harmonie générale. Ce dispositif empêche les dissonances visuelles et garantit la préservation de l’identité chromatique du village.
Ce « plan des couleurs » fonctionne un peu comme une partition musicale : chaque maison dispose d’une certaine liberté d’interprétation, mais doit respecter la tonalité et le rythme imposés par l’ensemble. Cette approche, inspirée d’autres villes historiques italiennes, permet de concilier expression individuelle et protection du patrimoine. Pour les voyageurs, c’est l’assurance de retrouver, année après année, le même enchantement visuel lors d’une visite à Burano.
Pour les photographes et les amateurs d’urbanisme, ce système réglementaire constitue un cas d’école de gestion de la couleur dans l’espace public. Il montre comment une collectivité peut transformer une pratique vernaculaire – ici, la peinture des maisons de pêcheurs – en un véritable outil de valorisation touristique et de cohésion territoriale. Avant de repeindre, chaque habitant consulte ainsi une sorte de « nuancier officiel » qui veille à ce que Burano reste l’un des villages colorés les plus photogéniques d’Italie.
La dentelle de burano et l’identité visuelle du village
La réputation de Burano ne repose pas uniquement sur ses façades colorées. Dès le XVIe siècle, l’île devient célèbre pour sa dentelle à l’aiguille, une technique extrêmement raffinée qui requiert des mois de travail pour une seule pièce. Longtemps exportée dans toute l’Europe, la dentelle de Burano a façonné l’identité artisanale du village, au point d’être aujourd’hui indissociable de son image de marque.
Cette tradition textile dialogue subtilement avec la polychromie architecturale. Les motifs ajourés des dentelles rappellent parfois le jeu d’ombre et de lumière sur les façades, tandis que les fils blancs contrastent avec la saturation des couleurs environnantes. De nombreuses boutiques exposent encore, aux fenêtres, nappes, voiles et napperons qui ajoutent une dimension décorative supplémentaire aux ruelles. On peut dire que, à Burano, la couleur habille les murs comme la dentelle habille la lumière.
Pour mieux comprendre ce patrimoine, une visite au musée de la Dentelle s’impose. Vous y découvrirez l’évolution des techniques, mais aussi des photographies anciennes qui montrent un village déjà très coloré, prouvant que la polychromie n’est pas une invention récente liée au tourisme. Si vous aimez rapporter des souvenirs authentiques d’Italie, une pièce de dentelle artisanale – même modeste – constitue un achat à la fois esthétique et porteur de sens.
Photographie architecturale : angles optimaux le long du rio terranova
Burano est devenu un paradis pour les amateurs de photographie architecturale, au point que certains y organisent désormais des ateliers dédiés à la capture des façades colorées. Parmi les nombreux canaux, le Rio Terranova se distingue par la densité et la variété de ses maisons polychromes. En fin de matinée, lorsque le soleil éclaire directement les façades, les reflets sur l’eau créent des compositions graphiques presque abstraites.
Pour obtenir des images équilibrées, il est recommandé d’adopter des angles légèrement obliques plutôt que des vues frontales. Cette approche permet de restituer la profondeur des maisons et de jouer avec la répétition des fenêtres et des portes, un peu comme une partition rythmique. Les jours de ciel couvert ne sont pas à négliger : la lumière diffuse atténue les ombres dures et met en valeur la saturation des couleurs, particulièrement intéressante pour les prises de vue détaillées.
Enfin, n’hésitez pas à explorer les ruelles secondaires qui s’éloignent des canaux principaux. Beaucoup sont moins fréquentées et offrent des perspectives plus intimistes sur les façades colorées, avec parfois des cordes à linge, des plantes en pot ou des rideaux de porte à motifs qui enrichissent la composition. En combinant ces différents points de vue le long du Rio Terranova et de ses alentours, vous repartez avec une véritable « étude chromatique » de l’un des plus beaux villages colorés d’Italie.
Procida : l’île campanienne aux façades méditerranéennes
Plus discrète que Capri ou Ischia, Procida a pourtant été élue Capitale italienne de la culture en 2022, consacrant ainsi son patrimoine architectural et paysager unique. Cette petite île du golfe de Naples se distingue par une polychromie moins éclatante que Burano, mais tout aussi raffinée : les façades affichent des tons pastels typiquement méditerranéens, allant du jaune crème au rose saumon, en passant par le bleu ciel et le vert amande. L’ensemble évoque une aquarelle douce, où chaque nuance semble patinée par le sel et le soleil.
Procida se compose de plusieurs noyaux urbains, chacun possédant sa propre identité chromatique. L’urbanisme spontané, façonné au fil des siècles par les besoins des pêcheurs et des marins, a donné naissance à un enchevêtrement de maisons imbriquées, reliées par des escaliers et des passages voûtés. C’est cette stratification architecturale, associée à la palette pastel, qui fait de Procida l’un des villages colorés les plus singuliers d’Italie.
Marina corricella et ses tons pastels stratifiés
Marina Corricella est sans doute l’image la plus emblématique de Procida. Ce quartier de pêcheurs, tourné vers la mer, se présente comme un amphithéâtre de maisons colorées, superposées en terrasses sur la pente d’un ancien cratère. Les façades pastel se succèdent en strates verticales, créant une impression de « collage » architectural où chaque maison semble avoir été doucement déposée sur la précédente.
Les couleurs y sont choisies avec soin : jaune pâle, rose poudré, bleu lavande, vert sauge… Ces teintes, moins saturées que dans d’autres villages côtiers italiens, reflètent la lumière intense du golfe de Naples tout en évitant l’éblouissement. Les volets et encadrements, souvent blancs ou bleu foncé, structurent visuellement les façades et renforcent la perception d’ordre au sein de cet apparent désordre. Lorsque le soleil descend derrière l’île, la lumière rasante accentue le relief des volumes et donne à Marina Corricella une atmosphère presque cinématographique.
Ce n’est pas un hasard si Procida a servi de décor à plusieurs films célèbres, dont « Le Facteur » (Il Postino). Les réalisateurs y trouvent ce mélange rare de pittoresque authentique et de cohérence visuelle. Pour profiter pleinement du spectacle chromatique de Marina Corricella, installez-vous en fin d’après-midi sur l’une des terrasses qui dominent le port : vous verrez alors, presque minute par minute, les couleurs évoluer au gré des variations de lumière.
Terra murata : le bourg fortifié aux nuances ocre et jaune
À l’opposé de la douceur maritime de Marina Corricella, le quartier de Terra Murata représente le cœur historique et défensif de Procida. Perché sur le point le plus élevé de l’île, ce bourg fortifié se distingue par ses teintes plus sobres : ocre, jaune terre, brun et gris pierre. Les murs épais et les volumes massifs des bâtiments rappellent la vocation stratégique de ce site, longtemps dédié à la protection de la population contre les attaques venant de la mer.
Cette palette plus minérale n’en demeure pas moins parfaitement intégrée à l’esthétique globale de l’île. On pourrait comparer Terra Murata à un cadre discret qui mettrait en valeur la toile plus colorée de Marina Corricella. En arpentant ses ruelles, vous remarquerez que les touches de couleur apparaissent surtout au niveau des portes, des volets et des jardinières, comme de petits éclats chromatiques au sein d’un ensemble plus austère.
Depuis les remparts et les belvédères de Terra Murata, le regard embrasse l’ensemble de Procida et du golfe de Naples. C’est ici que l’on mesure le mieux la cohérence chromatique de l’île : les tons ocre et jaunes du bourg fortifié répondent aux pastels de Marina Corricella et aux teintes plus neutres du port de Marina Grande. Pour les voyageurs sensibles à la relation entre architecture et paysage, Terra Murata offre l’un des plus beaux points de vue de Campanie.
Architecture spontanée et chromothérapie urbaine procidane
L’une des particularités de Procida réside dans son architecture dite « spontanée », résultat d’ajouts successifs, d’extensions et de surélévations non planifiées. Cette croissance organique, loin des plans d’urbanisme rectilignes, a produit un réseau complexe de ruelles, d’escaliers et de cours intérieures qui contribuent à la singularité du village. Les couleurs jouent ici un rôle fondamental : elles permettent de distinguer les différents volumes, facilitent l’orientation et adoucissent l’irrégularité des formes.
On pourrait presque parler de « chromothérapie urbaine », tant la palette pastel de Procida semble apaisante pour le visiteur. À la différence de certaines stations balnéaires où les couleurs vives créent une stimulation permanente, l’île propose une atmosphère plus contemplative, propice à la flânerie lente. Les teintes délavées par le temps et la mer agissent comme un filtre doux sur le paysage, un peu comme le ferait une lumière dorée de fin de journée.
Pour ceux qui souhaitent s’inspirer de Procida, que ce soit pour un projet de décoration ou d’aménagement, l’île offre une leçon précieuse : l’harmonie naît souvent de la modération. En limitant la saturation des couleurs et en privilégiant les pastels, les habitants ont créé un environnement visuel cohérent, qui reste agréable même dans la forte luminosité méditerranéenne. Une promenade de quelques heures dans les ruelles de l’île suffit pour comprendre pourquoi Procida s’impose aujourd’hui comme l’un des villages colorés les plus en vue d’Italie.
Positano et atrani : les perles polychromes de la côte amalfitaine
Sur la spectaculaire Côte Amalfitaine, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Positano et Atrani incarnent deux visages complémentaires de la polychromie méditerranéenne. Accrochés à des falaises abruptes qui plongent dans la mer Tyrrhénienne, ces villages offrent des panoramas vertigineux où l’architecture colorée semble littéralement sculptée dans la roche. Ici, la couleur n’est pas seulement un ornement : elle participe pleinement à la mise en scène du paysage, un peu comme si chaque maison était un acteur sur une scène naturelle grandiose.
La route en corniche qui relie ces bourgs est déjà un spectacle en soi, mais c’est en les explorant à pied que l’on saisit la richesse de leur palette chromatique. Escaliers infinis, ruelles voûtées, passages secrets : chaque détour offre une nouvelle combinaison de teintes, de textures et de perspectives sur la mer. Pour beaucoup de voyageurs, découvrir ces villages colorés d’Italie, c’est concrétiser une image rêvée de la dolce vita.
Portofino et camogli : les villages ligures aux façades trompe-l’œil
Revenons en Ligurie, berceau de nombreux villages colorés italiens, pour évoquer Portofino et Camogli, deux bourgs emblématiques de la Riviera di Levante. Si leurs façades pastel rappellent à première vue celles d’autres villages côtiers, un détail les distingue : l’usage très répandu du trompe-l’œil architectural. Corniches, pilastres, encadrements de fenêtres et même balcons sont souvent peints à même l’enduit, plutôt que sculptés dans la pierre, créant l’illusion d’une ornementation riche à moindre coût structurel.
À Portofino, la célèbre Piazzetta, ouverte sur un port en arc de cercle, est bordée de hautes maisons aux tons jaune, rose et rouge, ornées de décors peints d’une grande finesse. Les motifs imitent parfois des pierres de taille, des moulures ou des blasons, renforçant l’impression de raffinement. Cette tradition, héritée des marchands génois soucieux d’afficher leur statut, a façonné une identité visuelle unique, aujourd’hui soigneusement préservée grâce à des restaurations régulières.
Camogli, plus populaire et plus authentique, propose une version plus dense de cette esthétique. Le long de la promenade maritime, un alignement spectaculaire d’immeubles hauts et étroits, serrés les uns contre les autres, forme un véritable rideau coloré face à la mer. Les façades, souvent ornées de fenêtres peintes, de faux marbres et de cadres décoratifs, composent un ensemble qui rappelle les décors de théâtre. Pour les amateurs de villages colorés, Camogli est un laboratoire à ciel ouvert de la peinture architecturale ligure.
Villages colorés méconnus : tremosine sul garda, tellaro et bosa
Au-delà des destinations déjà célèbres, l’Italie recèle une multitude de villages colorés plus confidentiels qui méritent tout autant le détour. Leur point commun ? Une polychromie harmonieuse, souvent liée à une histoire locale singulière, et un environnement naturel préservé. Explorer ces bourgs moins connus, c’est un peu comme feuilleter les pages d’un carnet d’adresses secret, loin des foules concentrées sur les sites les plus médiatisés.
Sur les rives escarpées du lac de Garde, Tremosine sul Garda offre par exemple un contraste saisissant entre l’ocre chaud de ses maisons et le bleu profond du plan d’eau. Perché sur un plateau dominant le lac, ce village se découvre au bout d’une route panoramique impressionnante, la Strada della Forra, souvent considérée comme l’une des plus belles d’Italie. Les façades, moins saturées que sur les côtes maritimes, adoptent des tons beige, jaune doux et terre cuite qui dialoguent avec les parois rocheuses environnantes.
Tellaro, en Ligurie, est quant à lui un bijou discret posé sur un promontoire rocheux face à la mer. Ses maisons colorées, serrées autour d’une petite église en bord de mer, composent un tableau d’une grande délicatesse. Les teintes, majoritairement rose et ocre, se reflètent dans les eaux calmes des criques voisines, créant des jeux de lumière particulièrement photogéniques au lever et au coucher du soleil. Moins fréquenté que les Cinque Terre, Tellaro offre une alternative plus paisible pour qui souhaite découvrir des villages colorés hors des sentiers battus.
En Sardaigne, enfin, Bosa se distingue par sa position au bord du fleuve Temo, unique cours d’eau navigable de l’île. Les maisons aux façades pastel et toits en tuiles se déploient sur la rive et grimpent jusqu’au château de Malaspina, formant un dégradé de couleurs qui semble embrasser la colline. Du rose tendre au jaune lumineux, en passant par le bleu et le vert, la palette de Bosa est à la fois variée et subtile. Depuis les anciennes tanneries situées sur l’autre rive, la vue sur le village offre l’un des panoramas les plus singuliers d’Italie, où l’eau, la pierre et la couleur tissent un dialogue permanent.