Explorer les îles Éoliennes en barque traditionnelle

# Explorer les îles Éoliennes en barque traditionnelleL’archipel des îles Éoliennes, perle volcanique de la Méditerranée, révèle sa véritable essence lorsqu’on l’approche depuis la mer à bord d’une embarcation traditionnelle. Ces barques en bois, héritières d’un savoir-faire naval plusieurs fois centenaire, permettent d’accéder aux criques inaccessibles par voie terrestre et de naviguer au plus près des côtes escarpées de Lipari, Vulcano ou Stromboli. Contrairement aux vedettes rapides ou aux voiliers modernes, le gozzo sicilien et ses cousins, la lancia et le caïque éolien, offrent une expérience de navigation authentique qui respecte le rythme naturel de cet écosystème marin protégé. La navigation en barque traditionnelle constitue bien plus qu’un simple moyen de transport : elle représente une immersion culturelle dans les traditions maritimes siciliennes, où chaque pièce de bois raconte l’histoire des pêcheurs et des artisans qui ont façonné l’identité de ces îles classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les barques traditionnelles éoliennes : gozzo, lancia et caïque sicilien

L’architecture navale des îles Éoliennes s’est développée en réponse aux conditions particulières de la mer Tyrrhénienne. Les embarcations traditionnelles de l’archipel présentent des caractéristiques uniques qui les distinguent des autres bateaux méditerranéens. Le gozzo eoliano, véritable icône maritime de la région, se reconnaît immédiatement à sa silhouette caractéristique et à ses lignes élégantes qui ont traversé les siècles sans modification majeure.

Ces barques traditionnelles mesurent généralement entre 6 et 10 mètres de longueur, avec une largeur proportionnelle qui assure une stabilité remarquable même dans les eaux agitées. Leur construction robuste permet de transporter passagers et marchandises en toute sécurité, tout en conservant une maniabilité exceptionnelle dans les passages étroits entre les îlots rocheux. La palette chromatique traditionnelle combine des teintes vives de bleu, de vert et de rouge, contrastant magnifiquement avec le blanc immaculé des parties supérieures.

Caractéristiques nautiques du gozzo eoliano à double proue

Le gozzo éolien se distingue par sa double proue symétrique, une particularité architecturale qui lui confère des avantages nautiques considérables. Cette conception permet au bateau de naviguer aussi efficacement vers l’avant que vers l’arrière, une capacité précieuse lorsqu’il s’agit de manœuvrer dans les baies étroites ou d’accoster sur les plages de galets noirs de Vulcano. La coque présente un fond relativement plat qui facilite l’échouage sur les plages et réduit le tirant d’eau, permettant d’explorer des zones peu profondes inaccessibles aux embarcations à quille.

La forme arrondie de la coque assure une excellente tenue à la mer, absorbant les vagues plutôt que de les affronter directement. Cette caractéristique s’avère particulièrement utile lors de la navigation entre les îles, où les courants marins peuvent créer des conditions changeantes en quelques minutes. Les flancs légèrement incurvés offrent une flottabilité optimale et un dégagement suffisant pour éviter l’embarquement d’eau lors des traversées par mer formée. Le gouvernail traditionnel, monté à l’arrière et souvent décoré de motifs traditionnels, garantit une direction précise même à faible vitesse.

Construction artisanale en bois de châtaignier et techniques ancestrales

La

construction d’un gozzo éolien reste aujourd’hui l’affaire de quelques maîtres charpentiers navals, souvent installés depuis plusieurs générations sur les quais de Marina Corta ou de Canneto. Le bois de châtaignier, abondant sur les pentes de l’Etna et de l’Apennin sicilien, est privilégié pour sa résistance naturelle à l’humidité, aux insectes xylophages et aux chocs répétés contre les galets volcaniques. Les membrures sont cintrées à la vapeur, puis ajustées à la main, planche après planche, selon des gabarits transmis de père en fils plutôt que sur des plans industriels standardisés.

La coque est ensuite calfatée avec des fibres naturelles et des mastics modernes, mélange subtil entre techniques ancestrales et exigences de sécurité contemporaines. Les œuvres vives sont protégées par plusieurs couches de peinture marine, tandis que les décorations colorées des œuvres mortes conservent les motifs traditionnels : yeux protecteurs peints sur la proue, liserés géométriques et inscriptions religieuses ou porte-bonheur. Cette approche artisanale explique en partie le coût plus élevé d’une barque traditionnelle par rapport à un bateau en fibre de verre, mais garantit une durabilité remarquable si l’entretien annuel est respecté.

Motorisation adaptée : moteurs hors-bord vs propulsion à la rame

Historiquement, les barques éoliennes étaient propulsées à la rame ou à la voile latine, ce qui imposait un rapport très intime au vent et au courant. Aujourd’hui, la plupart des gozzi en service dans l’archipel sont équipés de moteurs hors-bord 4 temps de 15 à 40 chevaux, silencieux et sobres en carburant. Cette motorisation permet de maintenir une vitesse de croisière de 6 à 8 nœuds, largement suffisante pour relier Lipari à Vulcano ou Panarea en moins d’une heure, tout en gardant une grande précision de manœuvre à l’approche des criques.

Certains propriétaires conservent néanmoins les tolets et les avirons, soit par tradition, soit pour pouvoir manœuvrer en silence au plus près des falaises ou des grottes marines. Ramer dans la baie de Cala Junco au lever du soleil ou le long des rochers de Lisca Bianca offre une expérience sensorielle incomparable, où l’on n’entend plus que le clapotis de l’eau contre la coque. Pour les locations destinées aux visiteurs, un compromis est souvent adopté : moteur hors-bord principal, parfois complété par un petit moteur auxiliaire ou une paire d’avirons de secours, afin de garantir sécurité et autonomie en toute circonstance.

Capacité d’accueil et aménagements typiques des embarcations locales

Les barques traditionnelles éoliennes sont conçues avant tout pour la stabilité et la sécurité, ce qui en fait des plateformes idéales pour la baignade, la pêche ou le snorkeling. Un gozzo de 7 à 8 mètres peut accueillir confortablement 4 à 6 personnes pour une journée d’excursion, même si l’homologation autorise souvent davantage de passagers. À bord, l’espace est optimisé : banquettes latérales, coffre avant pour stocker les amarres et le matériel de mouillage, puits à chaîne central ou arrière et petite console de pilotage si le bateau est motorisé.

Les aménagements restent volontairement simples pour préserver le centre de gravité bas et limiter le poids. Sur certaines unités plus récentes, on trouve un taud de soleil repliable, une petite glacière et une douche de pont alimentée par un réservoir d’eau douce. Les caïques siciliens plus grands, parfois utilisés pour des sorties de groupe, disposent de coussins de pont, d’une table escamotable et d’une cabine de rangement minimaliste. Ne vous attendez pas au confort d’un yacht de croisière : l’essence de ces embarcations réside dans leur sobriété, qui vous met au plus près de la mer et du paysage volcanique.

Itinéraires maritimes entre lipari, vulcano et stromboli

Explorer les îles Éoliennes en barque traditionnelle, c’est épouser la géographie de l’archipel et apprendre à lire les reliefs volcaniques depuis la mer. Les itinéraires maritimes entre Lipari, Vulcano, Panarea et Stromboli sont relativement courts, ce qui permet de combiner navigation en douceur, arrêts baignade et escales à terre dans une même journée. En choisissant une barque plutôt qu’une vedette rapide, vous acceptez de ralentir le rythme, mais vous gagnez en liberté d’exploration des petites anses et des grottes marines inaccessibles aux plus gros bateaux.

La proximité des îles – rarement plus de 10 à 15 milles nautiques entre deux ports – rend ces parcours accessibles aux navigateurs débutants, à condition de respecter les recommandations de sécurité et de bien surveiller les bulletins météo. Un itinéraire classique d’une semaine en barque traditionnelle prévoit la circumnavigation de Lipari, une incursion vers Vulcano et ses bains de boue, puis une navigation cap au nord-est vers Panarea et Stromboli pour l’observation nocturne de la Sciara del Fuoco. Chaque portion de trajet peut être adaptée au vent du jour et au niveau d’expérience du barreur.

Circumnavigation de lipari : grottes de pietra menalda et plage de valle muria

Un tour complet de Lipari en barque traditionnelle compte parmi les expériences les plus riches pour appréhender la diversité géologique de l’île. En quittant Marina Corta vers le sud, vous contournez le promontoire du château puis longez les falaises de pierre ponce, dont les parois blanches contrastent fortement avec le cobalt de la mer. La première halte recommandée se situe à proximité des grottes de Pietra Menalda et Pietra Lunga, deux pitons rocheux spectaculaires qui émergent verticalement de la mer et abritent une faune marine abondante.

En vous approchant prudemment avec le gozzo, vous pouvez couper le moteur et laisser la barque dériver à petite vitesse pour observer les jeux de lumière à l’entrée des cavités. Les plongeurs équipés de masque et tuba apprécieront la clarté de l’eau, qui permet souvent de voir le fond rocheux à plus de 10 mètres de profondeur. En poursuivant vers l’ouest, la côte se fait plus sauvage et volcanique jusqu’à la plage de Valle Muria, célèbre pour son sable sombre et ses hautes falaises striées de couches de lave solidifiée. C’est un mouillage de choix par temps calme : le fond de sable et de galets offre une bonne tenue à l’ancre, et la plage reste souvent moins fréquentée que les sites accessibles en voiture.

Traversée vers vulcano : lagune thermale de gelso et faraglioni

Depuis la côte sud de Lipari, la traversée vers Vulcano s’effectue en une trentaine de minutes avec une mer clémente. En barque traditionnelle, vous profitez d’une perspective unique sur les faraglioni de Lipari, ces aiguilles rocheuses détachées de la côte par l’érosion marine. Approcher ces formations en douceur, à vitesse réduite, permet de ressentir toute l’ampleur de ce paysage sculpté par le feu et la mer. Une fois le chenal franchi, vous pouvez longer la côte occidentale de Vulcano, plus sauvage et moins fréquentée que la zone du port principal.

En continuant vers le sud, la lagune de Gelso et sa petite plage dominée par un phare offrent un mouillage paisible, particulièrement apprécié en début ou fin de saison. L’eau y est légèrement plus chaude grâce aux sources volcaniques sous-marines, et le contraste entre le sable noir, la végétation méditerranéenne et le bleu intense de la mer est saisissant. Ici, la barque traditionnelle prend tout son sens : son faible tirant d’eau permet de s’approcher au plus près de la rive, de débarquer facilement à terre et de repartir sans difficulté même lorsque la marée fait varier la profondeur près de la plage.

Navigation nocturne jusqu’à stromboli pour observer la sciara del fuoco

La navigation nocturne vers Stromboli constitue sans doute l’un des temps forts d’un séjour en barque traditionnelle aux Éoliennes. En partant de Panarea en fin d’après-midi, vous avez le temps de rejoindre le flanc nord-ouest de Stromboli avant la nuit et de vous positionner à une distance réglementaire de la célèbre Sciara del Fuoco. À mesure que la lumière décline, les explosions de lave deviennent de plus en plus visibles, projetant des gerbes incandescentes qui dévalent la pente jusqu’à la mer. C’est un spectacle hypnotique, d’autant plus intense lorsque vous l’observez depuis un petit bateau, au rythme lent du clapot.

Une telle excursion exige toutefois une préparation rigoureuse : il est vivement conseillé de s’appuyer sur un marinier local ou un skipper professionnel qui connaît les limitations d’accès imposées par les autorités en fonction de l’activité volcanique. Les vents de secteur nord peuvent rapidement lever une houle inconfortable sur cette partie de l’île, ce qui impose de surveiller en permanence les conditions de mer et de prévoir un itinéraire de repli vers un mouillage abrité. En pratique, de nombreux loueurs proposent des sorties en soirée avec barque traditionnelle et skipper, vous permettant de profiter de l’expérience sans avoir à gérer les contraintes de navigation nocturne.

Mouillages protégés à panarea : cala junco et baie de ditella

Panarea, la plus petite et la plus mondaine des îles Éoliennes, recèle aussi quelques-uns des mouillages les plus pittoresques de l’archipel. Au sud de l’île, Cala Junco se présente comme un amphithéâtre rocheux aux eaux turquoise, parfaitement adapté à l’échelle d’un gozzo ou d’une lancia. En arrivant tôt le matin ou en fin de journée, vous pouvez jeter l’ancre dans 5 à 10 mètres d’eau sur un fond de sable et de roches, puis rejoindre à la nage la petite plage nichée au fond de la crique. Un sentier permet ensuite de gagner les vestiges du village préhistorique qui domine la baie.

Sur la façade est de Panarea, la baie de Ditella offre un mouillage plus ouvert mais bien protégé des vents dominants de secteur nord-ouest. C’est un excellent point de départ pour explorer en barque les îlots voisins de Lisca Bianca, Bottaro et Dattilo, où l’on peut nager au-dessus de solfatares sous-marines qui libèrent des bulles de gaz naturel. La navigation à petite vitesse entre ces rochers exige une attention constante aux cartes marines et au sondeur, mais la manœuvrabilité d’une barque traditionnelle facilite les approches prudentes. En fin de journée, revenir à Ditella pour passer la nuit au mouillage permet de profiter du calme une fois les excursions à la journée reparties vers Lipari.

Réglementation maritime et permis de navigation dans l’archipel

Naviguer dans l’archipel des îles Éoliennes implique de respecter une réglementation maritime spécifique, conçue pour protéger à la fois la sécurité des plaisanciers et les écosystèmes fragiles de cette zone volcanique. Sur le plan légal, la plupart des barques traditionnelles proposées à la location, d’une puissance inférieure ou égale à 40 CV, peuvent être manœuvrées sans permis bateau par les ressortissants européens majeurs, dans la limite des eaux territoriales italiennes. Cependant, l’absence d’obligation de permis ne dispense pas de connaître les règles de base de la navigation côtière et du balisage.

Plusieurs zones de l’archipel sont soumises à des restrictions de vitesse, notamment à l’approche des ports, des mouillages fréquentés et des aires marines protégées. Des limitations d’accès temporaires peuvent également être instaurées autour de Stromboli ou Vulcano en cas d’activité volcanique accrue, avec des périmètres d’exclusion clairement indiqués par les garde-côtes. Avant chaque sortie, il est recommandé de consulter les avis aux navigateurs publiés par la Capitaneria di Porto et de vérifier les éventuelles zones de mouillage interdit ou réglementé, en particulier près des plages très fréquentées en haute saison.

Locations de barques traditionnelles : chantiers navals et loueurs certifiés

Pour explorer les îles Éoliennes en barque traditionnelle, vous pouvez soit affréter une embarcation avec marinier, soit louer un gozzo en autonomie auprès d’un loueur certifié. Dans les deux cas, privilégiez les professionnels installés de longue date sur place, qui entretiennent leurs bateaux dans les règles de l’art et respectent la réglementation de l’aire marine protégée. À Lipari, Vulcano et Salina, plusieurs chantiers navals familiaux ont développé une activité de location en parallèle de la construction et de la restauration de barques en bois, ce qui garantit en général un bon niveau de suivi technique.

Lors de votre réservation, prenez le temps de vérifier l’inventaire de sécurité fourni : gilets de sauvetage en nombre suffisant, pompe de cale, moyens de communication, extincteur, trousse de premiers secours, lampe torche et ligne de mouillage adaptée aux fonds de l’archipel. Un professionnel sérieux vous proposera systématiquement un briefing détaillé sur les particularités de navigation locales, les zones à éviter et les bons mouillages de beau temps. Vous pourrez aussi lui demander des conseils personnalisés en fonction de votre expérience et de la composition de votre équipage (enfants, personnes peu à l’aise en mer, etc.).

Cantiere navale sirena à marina corta de lipari

Parmi les adresses de référence, le Cantiere Navale Sirena, situé à proximité immédiate de Marina Corta à Lipari, illustre parfaitement la combinaison entre tradition et services modernes. Ce chantier, actif depuis plusieurs décennies, s’est spécialisé dans la restauration de gozzi en bois et propose une flotte d’embarcations traditionnelles destinées à la location journalière ou à la semaine. Chaque barque porte la marque du travail artisanal : membrures apparentes, bancs en bois massif, proue finement décorée et couleurs vives soigneusement entretenues d’une saison à l’autre.

En réservant auprès d’un tel acteur local, vous bénéficiez non seulement d’un bateau entretenu par les mêmes mains qui l’ont construit ou restauré, mais aussi de conseils précis sur les itinéraires adaptés à une barque traditionnelle. Les équipes du chantier connaissent les moindres criques de Lipari, les conditions de houle autour de Filicudi ou les heures les plus propices pour approcher Panarea sans subir la cohue estivale. Pour les plaisanciers qui souhaitent aller plus loin, il est souvent possible de combiner location et petite initiation aux manœuvres spécifiques des gozzi, afin de mieux comprendre le comportement de ces coques particulières.

Tarification saisonnière et caution pour embarcations patrimoniales

Les tarifs de location de barques traditionnelles dans les îles Éoliennes varient sensiblement en fonction de la saison, de la taille de l’embarcation et de la présence ou non d’un marinier à bord. En basse saison (avril, mai, octobre), la location journalière d’un gozzo de 6 à 7 mètres sans skipper se situe en général entre 120 et 180 € carburant non compris. En haute saison (juillet-août), les prix peuvent grimper à 220-300 € par jour pour des bateaux comparables, reflet de la forte demande et du coût d’entretien accru en période d’utilisation intensive.

Une caution est presque toujours exigée, généralement comprise entre 500 et 1 500 € selon la valeur de l’embarcation et la politique du loueur. Ce montant s’explique par la nature patrimoniale des barques en bois, dont la réparation nécessite l’intervention de charpentiers qualifiés et l’utilisation de matériaux nobles. Pour limiter les risques, certains professionnels imposent un marinier à bord au-delà d’une certaine distance des ports principaux ou pour les sorties à la tombée de la nuit. Il est donc utile de clarifier en amont vos projets d’itinéraire, afin de choisir la formule qui correspond réellement à vos besoins.

Prestations avec marinier local vs location en autonomie

Hésiter entre une location en autonomie et une sortie accompagnée par un marinier local est fréquent, surtout si vous découvrez l’archipel pour la première fois. Naviguer seul vous offre une grande liberté d’horaires et de mouillages, ainsi qu’un contact direct avec la mer et le bateau. Toutefois, cela suppose une certaine aisance avec les manœuvres de base, la lecture des cartes et la gestion de la météo locale. Une erreur de mouillage sur un fond rocheux ou un retour tardif dans un vent renforcé peuvent vite transformer une journée idyllique en expérience stressante.

Choisir une prestation avec marinier ou skipper local, c’est un peu comme engager un guide de montagne pour l’Etna : vous gagnez en sécurité, mais aussi en compréhension fine du terrain. Le marinier connaît les courants, les effets de relief, les zones de roches affleurantes et les petits secrets de chaque crique. Il saura adapter le trajet en temps réel, vous proposer un plan B en cas de vent imprévu et vous déposer au plus près des villages ou des sentiers de randonnée. Pour un premier séjour ou avec des enfants, cette option représente souvent le meilleur compromis entre authenticité et sérénité.

Conditions météorologiques et navigation sécurisée en mer tyrrhénienne

La mer Tyrrhénienne qui baigne l’archipel des Éoliennes offre des conditions généralement clémentes de mai à octobre, avec des régimes de brises thermiques réguliers et une houle modérée. Toutefois, comme toute zone insulaire ouverte au large, elle reste soumise à des épisodes de vent soutenu, notamment lorsque soufflent le Maestrale (nord-ouest) ou le Libeccio (sud-ouest). Naviguer en barque traditionnelle impose donc une vigilance accrue face aux changements de temps, car ces coques basses sur l’eau sont plus exposées au clapot croisé qu’un gros voilier haut sur franc-bord.

Avant chaque départ, prenez l’habitude de consulter au moins deux bulletins météo marins différents et de vérifier la force et la direction du vent prévues pour l’ensemble de la journée. En cas d’alerte de vent fort (au-delà de 20-25 nœuds) ou d’orage annoncé, il est prudent de reporter la sortie ou de se limiter à des navigations très côtières dans des zones bien abritées. En navigation, gardez un œil sur la couleur de la mer, la formation de moutons et l’évolution des nuages au-dessus de l’Etna et de la côte calabre : une dégradation peut se manifester en moins d’une heure, surtout en fin d’après-midi.

Criques secrètes et sites de plongée accessibles uniquement en barque

L’un des grands privilèges offerts par une barque traditionnelle dans les îles Éoliennes est l’accès à une multitude de criques confidentielles et de sites de snorkeling préservés. Grâce à son faible tirant d’eau et à sa maniabilité, un gozzo vous permet de vous approcher en toute sécurité de récifs isolés, de grottes marines et de petites plages cachées au pied de falaises abruptes. Ces lieux, inaccessibles par la route ou mal connus des grandes unités de plaisance, concentrent souvent une biodiversité sous-marine remarquable : bancs de sars, girelles, murènes, gorgones et parfois même tortues caouannes de passage.

Pour tirer pleinement parti de ces spots, prévoyez à bord un équipement de snorkeling complet pour chaque passager (masque, tuba, palmes) et une bouée de signalisation. La règle d’or ? Toujours laisser au moins une personne à bord lorsque les autres se baignent, surtout si le mouillage est proche de rochers affleurants ou dans un chenal fréquenté. En procédant avec prudence, vous vivrez des moments de baignade et d’exploration sous-marine qui compteront sans doute parmi les souvenirs les plus marquants de votre séjour aux Éoliennes.

Snorkeling aux récifs de basiluzzo et rochers de lisca bianca

Au large de Panarea, l’îlot de Basiluzzo et les rochers de Lisca Bianca et Bottaro forment un véritable paradis pour le snorkeling, accessible presque exclusivement en petite embarcation. Autour de Basiluzzo, les falaises tombent à pic dans une eau d’un bleu profond, mais plusieurs replats rocheux situés entre 5 et 15 mètres de profondeur offrent un terrain d’exploration idéal pour les nageurs équipés de palmes et tuba. Les jeux de lumière sur les parois volcaniques immergées donnent parfois l’impression de nager au-dessus d’une cathédrale de pierre.

Entre Lisca Bianca et Bottaro, la présence de solfatares sous-marines se manifeste par des chapelets de bulles qui s’échappent du fond, créant un effet de bain effervescent naturel. En mouillant dans les zones autorisées, à distance des rochers peu profonds, vous pouvez couper le moteur et vous laisser dériver doucement au-dessus de ces fumerolles sous-marines. L’eau y est souvent légèrement plus chaude, ce qui prolonge agréablement les sessions de snorkeling même en début ou fin de saison. Comme toujours, respectez les consignes locales et évitez de toucher le fond pour ne pas fragiliser cet écosystème unique.

Plage de pollara à salina : décor du film il postino

Sur la côte ouest de Salina, la plage de Pollara est devenue célèbre comme principal décor du film Il Postino, mais elle reste étonnamment préservée de la surfréquentation, en grande partie grâce à son accès délicat par la terre. Arriver par la mer, à bord d’un gozzo, vous permet de découvrir progressivement ce demi-cratère effondré dont les parois volcaniques forment un amphithéâtre spectaculaire autour d’une petite plage de galets. Le mouillage se fait en général dans 8 à 12 mètres d’eau sur un fond mêlant sable et rochers, en prenant garde aux blocs éboulés au pied de la falaise.

En milieu de journée, la roche se pare de teintes ocre et dorées, tandis que la mer évoque une palette de bleus presque irréelle. C’est l’endroit rêvé pour une baignade tranquille, une séance de snorkeling le long de la paroi ou un pique-nique à bord, avec vue sur l’îlot de Filicudi à l’horizon. La fermeture régulière de la plage pour des raisons de sécurité liées aux risques d’éboulement renforce l’intérêt d’une approche par la mer : même sans débarquer, vous profitez du décor emblématique du film et de la magie particulière de ce site, à condition de respecter scrupuleusement les distances de sécurité conseillées par les autorités locales.

Calanques sauvages de filicudi : grotta del bue marino

Plus à l’ouest, l’île de Filicudi se distingue par son caractère farouche et minéral, avec des côtes abruptes entaillées de calanques que seules les petites embarcations peuvent approcher. La plus célèbre est sans doute la Grotta del Bue Marino, une vaste cavité marine dont l’entrée s’ouvre au ras de l’eau sur la façade nord-ouest de l’île. Approcher cette grotte en barque traditionnelle nécessite une mer parfaitement calme et une grande prudence : on coupe le moteur avant l’entrée et l’on finit souvent à la rame pour éviter tout risque de choc contre la voûte ou les parois.

À l’intérieur, les jeux de lumière bleutée créés par la réflexion du soleil sur le fond sableux donnent au lieu une atmosphère presque irréelle. Autour de la grotte, plusieurs petites anses encaissées offrent des mouillages de jour, parfaits pour une pause baignade ou snorkeling loin de l’agitation. Le rocher de La Canna, piton basaltique de près de 80 mètres de haut surgissant de la mer à quelques encablures, complète ce paysage d’une beauté brute. Naviguer dans ces eaux avec un gozzo, c’est un peu comme remonter le temps : vous suivez les traces des pêcheurs d’autrefois, mais avec le confort et la sécurité des équipements modernes.